« Valeur travail », « je cherche du travail »… Les expressions sont légion pour dire combien le travail est au cœur de nos vies. Pointant les conflits de valeurs qui le traversent afin de les politiser, ce livre questionne la transformation des institutions du travail dans un contexte de désastre écologique, d’injustices sociales accrues et d’épuisement psychique.
Depuis dix siècles, le mot travail a progressivement pris trois significations principales : activité, production et emploi. Or seules les sociétés capitalistes utilisent ce mot unique pour évoquer autant de dimensions hétérogènes. Déplier le mot permet d’en saisir les enjeux contemporains.
Le travail, entendu comme activité, est la peine que nous nous donnons pour faire quelque chose, ce que les sciences cliniques du travail nomment le « travail réel ».
Le travail signifie aussi la production concrète réalisée, avec ses qualités et ses valeurs d’usage, et marchandise avec une valeur économique. On peut avoir fait un « beau travail » sans valeur marchande. Ou l’inverse. Savoir ce qu’il est utile de produire et surtout, pour qui c’est utile, est un enjeu constant. Il prend une dimension existentielle dans le contexte d’abondance écocide et d’inégalités matérielles extrêmes.
Enfin, le travail désigne aussi, bien sûr un rapport social d’emploi, et plus particulièrement, depuis un siècle, sa forme dominante dans le Nord : le salariat, devenu l’institution centrale des sociétés capitalistes ayant spécialisé les fonctions et tâches productives. Or les actuelles institutions « du travail » (Code, ministère, politiques publiques…) n’encadrent en réalité que l’activité productive salariée. Elles orchestrent nos vies du berceau à la tombe, et jouent un rôle central dans la répartition des richesses.
Ainsi, le travail soulève des enjeux existentiels multiples : de sens, de santé, de survie matérielle et écologique, de justice, comme de places sociales. Autant de significations et de valeurs qui sont en rapport, en tension, voire en conflit entre elles.