Crimes contre l’humanité à l’Esma

Anatomie d’un centre de détention clandestin en Argentine (1976-1983)

Marina Franco et Claudia Feld

Avec les contributions de Hernán Confino, Rodrigo González Tizón (historiens), Luciana Messina (anthropologue) et Valentina Salvi (sociologue) et Alice Beriot pour la traduction (doctorante en anthropologie politique).

L’École de mécanique de la marine (Esma) à Buenos Aires fut le plus grand centre de détention, de torture et de disparitions forcée des opposants à la dictature argentine de 1976 à 1983. Pour comprendre et expliquer cliniquement l’« inimaginable », des chercheur·ses argentin·es de renom font l’archéologie de ce lieu emblématique de la répression, et de ce que sont des crimes contre l’humanité.

Parmi les 5 000 personnes détenues, seules 300 environ en sont rescapées. L’atrocité des crimes s’est prolongée au-delà de ces murs, avec la traque jusqu’à l’étranger et les traumatismes intimes et collectifs qui perdurent : disparition des corps, vol des enfants, falsification des traces, spoliation des biens…

Si l’Esma est un des plus terrifiants symboles de la dictature, l’apport majeur de cet ouvrage est de caractériser la dimension systémique de ce terrorisme d’État : persécution de l’ennemi intérieur dans toutes les dimensions de son existence, perversité des interactions et revenus économiques tirés de ce dispositif. Face à cette expérience d’anéantissement, les processus de mémoire, vérité et justice, ainsi que le travail des sciences sociales se révèlent cruciaux.

Ce livre est en cela un avertissement sur « ce que le pouvoir illimité peut faire aux individus, sur le danger que représente la montée de l’autoritarisme niant le droit à l’existence de certains, et sur les formes les plus subtiles que peut prendre la cruauté ».

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22.00

Description

Sortie : 5 février 2026
304 pages
N° ISBN : 978-2-38191-146-5

Version numérique :
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Table des matières

Préface à l’édition française
Pourquoi l’Esma ? Quelques clés pour la lecture de cet ouvrage. Marina Franco et Claudia Feld

1- Brève histoire d’un centre clandestin
Hernán Confino, Marina Franco et Rodrigo González Tizón

2- Le pouvoir de l’ombre : le Groupe de travail de l’Esma
Valentina Salvi

3- Un niveau supérieur d’anéantissement : le « processus de récupération »
Claudia Feld

4- Solidarités et tensions
Rodrigo González Tizón et Luciana Messina

5- Du pillage aux fortunes : levol des biens dans l’Esma
Hernán Confino et Marina Franco

6- Le lieu sans limites : le centre clandestin hors les murs de l’Esma
Claudia Feld

7- Conclusions. Penser l’Esma : entre répression et concentration du pouvoir
Claudia Feld et Marina Franco

Chronologie
Liste des sigles
Index
Remerciements
Biographie des autrices et auteurs

L’avis des libraires

« Difficile d’enquêter lorsque l’horreur devait rester secrète. Cet ouvrage permet de comprendre l’ampleur des crimes qui ont été commis à l’Esma durant la dictature militaire en Argentine. Un livre nécessaire pour ne pas oublier. »

Emmanuel, FNAC de Nantes

 

« Cet ouvrage de grande valeur et de toute première importance mémorielle évoque lors de la dernière dictature argentine ce qui constitua sans nul doute le paroxysme du terrorisme étatique en ce pays. L’Esma, le plus « abouti » des centres clandestins, fut l’épicentre de la répression et de la contre-subversion. Des enlèvements aux assassinats en passant par la torture, l’exploitation, la spoliation ou encore le vol de bébés, c’est tout un microcosme de terreur et de cruauté qui nous est présenté avec justesse et acuité. Un grand livre, assurément ! »

Librairie Le Divan, Paris

 

Lorsqu’on regarde les vidéos des matchs de la Coupe du monde de football de 1978 en Argentine où le pays hôte est sacré pour la première fois de son histoire, nous avons du mal à imaginer qu’à quelques kilomètres du stade principal, l’Estadio Monumental, à Buenos Aires, des centaines d’opposants politiques sont enfermés, torturés et assassinés. En effet depuis le coup d’Etat de 1976 lors duquel une junte militaire prend le pouvoir en Argentine et instaure une des pires dictatures dans l’histoire de l’Amérique latine, des centres de détention ont ouvert partout dans le pays. L’Esma (École mécanique de la marine) est le plus important d’entres eux.

Alors que le gouvernement de Javier Milei « a déployé un discours relativisant, voire justifiant les crimes commis sous la dictature, et en dénigrant les politiques étatiques de mémoire et les avancées de la justice » (p. 8), un collectif de chercheurs argentins a décidé de revenir sur l’histoire de ce terrible centre. Avec une rigueur scientifique et un esprit de synthèse rendant l’ouvrage très lisible, ils démontrent étape par étape comment un terrorisme d’État se met en place avec toutes les mécaniques qui le composent, de l’enlèvement des opposants à leur assassinat.

Les chercheurs partent des témoignages des victimes ayant survécu pour tisser la toile d’une mécanique répressive bien organisée. « Les témoignages des survivantes et survivants sont faits de fragments, d’instantanés, de bribes de ce « monde à l’envers », mélange d’irréalité, de chaos et de brutalité que fut l’Esma. ». On découvre rapidement à la lecture de cette enquête que le « Groupe de travail » (nom donné à l’équipe de tortionnaires, issu de la marine) utilisent beaucoup d’euphémismes pour qualifier leurs propres crimes : « transfert » (assassinat) ou « paquet » (personne séquestrée) ou des termes techniques tels que « bloc opératoire » (salle de torture), « interrogatoire » (torture) ou « cible » (personne à enlever). Les tortionnaires mettent en place des techniques d’extraction d’informations et de « récupération » (opposants politiques retrouvant le droit chemin) en laissant une terrible incertitude face à la mort dans l’esprit des victimes : « Ils arrivaient, te rouaient de coups et à deux heures du matin ils te sortaient, te mettaient dans une voiture et t’emmenaient dîner. » (témoignage d’un rescapé). L’issue d’un enfermement à l’Esma est quasiment toujours le même : l’assassinat lors des tristement célèbres « vols de la mort ». Aucun élément dans l’organisation de l’Esma n’est éludé par les chercheurs qui reviennent sur la condition des femmes détenues, sur l’enlèvement des bébés nés au sein du centre ou sur les volontés politiques derrière les crimes commis.

Ce livre, dont l’édition par les équipes d’Anamosa est remarquablement réalisée, est sans aucun doute d’une grande importance, tant pour l’Argentine que pour le reste du monde. Rares en effet sont les études décrivant si précisément la mécanique d’une répression politique.

Le rayon Histoire, Librairie Mollat, Bordeaux

La presse en parle

Le Monde des Livres par André Loez
« Crimes contre l’humanité à l’ESMA », sous la direction de Claudia Feld et Marina Franco : ancrer dans un lieu de mémoire la vérité sur les exactions de la dictature argentine. Ce livre paru à Buenos Aires en 2022, à l’apogée politique de la reconnaissance des crimes du dictateur Videla (1976-1983), est aujourd’hui publié en France, à l’heure où, en Argentine, l’extrême droite au pouvoir les minimise.
A lire ici :  https://www.lemonde.fr/

A lire sur Le Monde libertaire, une recension de Francis Pian
Des idées et des luttes : Crimes contre l’humanité à l’Esma, un avertissement sur l’exercice du pouvoir