Youssef ou la fidélité à soi

Une enquête sur l’engagement, la violence et l’exil

Johanna Siméant-Germanos

Fin 1978, Youssef Sassi est contrôlé à Marseille. Il est gravement violenté au commissariat. Malgré les mobilisations, il est expulsé en Tunisie, où il sera torturé, avant d’obtenir l’asile politique en Suède. Fin 1978, Johanna Siméant-Germanos a 9 ans ; de ce souvenir d’enfance, la politiste tire une enquête incarnée et passionnante sur l’engagement, la violence et l’exil.

Le 29 décembre 1978, Youssef Sassi est contrôlé à la gare Saint-Charles de Marseille après une altercation à un guichet SNCF, où l’on doute de ses papiers. Ce jeune Tunisien, arrivé en France comme saisonnier agricole en 1972, encarté à la CGT avant de se rapprocher de l’extrême gauche, marié depuis peu à une Française, militante comme lui, exprime fortement son indignation. Amené au commissariat, il y est gravement violenté. Après sa garde à vue, il porte plainte, une mobilisation s’organise autour de lui : c’est « l’affaire Youssef Sassi », qui fait l’objet de plusieurs articles dans la presse locale et nationale…. En dépit de la mobilisation et alors qu’il n’a pas encore acquis la nationalité française, il est expulsé six mois plus tard, et subit la torture dans les caves du ministère de l’Intérieur tunisien. Une fois libéré mais sous fort contrôle policier, il parvient, grâce à son épouse et à des réseaux militants, à fuir la Tunisie et à gagner l’Europe du Nord, puis obtient l’asile politique en Suède. Il y refait sa vie, mais ne cesse, encore aujourd’hui, de se heurter à la suspicion lorsqu’il franchit des frontières en Europe – et, condamné par contumace en Tunisie, il ne peut plus y retourner sans risquer l’emprisonnement.

En suivant et retraçant l’histoire de Youssef, il s’agit non seulement de raconter l’histoire, à la fois extraordinaire et « banale » de ce militant, mais aussi de donner à voir et à comprendre les contextes et mondes sociaux qu’il traverse : les transformations de l’immigration de travail et de sa gestion politique en France dans la seconde moitié du XXe siècle ; l’expérience du racisme subi par les immigrés et les violences policières ; les mondes militants des années 1970 et en particulier dans les Bouches-du-Rhône à cette époque (les communautés, le syndicalisme, le gauchisme) ; différents contextes nationaux (en particulier Tunisie, France et Suède)… À travers le parcours de Youssef, le texte nous emmène aussi à la rencontre de celles et ceux qui ont croisé et partagé ses luttes : les militants, ses avocats français et suédois, des juristes engagés…

Cette micro-histoire globale à partir du cas d’un individu que l’on suit au travers des frontières et des épreuves donne à entendre la voix de Youssef. Il peut ainsi exprimer sa propre interprétation du fil de sa vie, comme des luttes d’émancipation, pour lesquelles il s’est toujours engagé. Une voix à laquelle se mêle celle de l’autrice, la politiste Johanna Siméant-Germanos, puisque cette histoire, c’est aussi celle d’un souvenir d’enfance, pas étranger à ses propres choix d’objets scientifiques.

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Description

Sortie : 5 février 2026
296 pages
N° ISBN : 978-2-38191-148-9

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Table des matières

Un souvenir tenace, ou la trame de l’enquête

1- Déplacements
« Sortir » – Un immigré en Provence dans les années 1970 – Devenir militant – Rencontres – A la gare Saint-Charles puis à l’Evêché : naissance d’une affaire – De l’expulsion aux caves du ministère de l’Intérieur tunisien – Vers l’Europe du Nord, et un petit monde de Suédois cosmopolite – Une demande d’asile en Suède, et une affaire devant le Conseil d’Etat – Bonheurs familiaux, fragilités intimes – Revenir, ou pas, en Tunisie

2- Se maintenir au travers des frontières, de l’engagement et de la violence
Traverser le spectre des expériences migratoires – Les caves, l’humiliation et les communautés : schèmes du récit biographique et socialisation – Mondes périphériques de l’après-68 : du gauchisme en terres communistes – Attachements, hétérogamie et intimités militantes – Violenter et humilier sexuellement un Arabe : pratiques policières dans le Marseille des années 1970 – Luttes de dossiers, avocats militants et arbitraire juridique – Torturer, surveiller : quand le régime tunisien réprimait, de près et de loin – Se maintenir, « avoir ses droits », changer de noms – Conclusion

Annexes
Remerciements
Biographie de l’autrice

L’avis des libraires

La presse en parle