La bataille des chênes verts

Enquête sur un écocide dans l’Espagne du XVIIe siècle

Sébastien Malaprade

Pour l’historien Sébastien Malaprade, tout commence par un volumineux dossier documentaire, celui des procès qui ont opposé, à la fin du XVIIe siècle, un membre de l’Inquisition espagnole, aux habitants de Villar del Águila. Francisco de Montoya a en effet entrepris d’accaparer et de détruire la forêt communautaire de chênes verts ; le bouleversement écologique désorganise tant le village que, cinq ans après les faits, la communauté a perdu les trois-quarts de ces habitants. À partir de ce dossier de micro-histoire, l’auteur explore les voies d’une histoire environnementale par le bas, celles, aussi, des résistances face à l’endettement et à l’accaparement des ressources par les puissants. Ce faisant, il montre que la question énergétique est intrinsèquement politique, non seulement dans les circonstances évidentes d’un « nouvel impérialisme » et d’une mutation du capitalisme confronté à la « finitude » des ressources, mais aussi dans un village castillan du XVIIe siècle peu intégré au marché. Le livre est également le lieu d’un passionnant questionnement historiographique sur les communs. Au-delà du cas au cœur de l’ouvrage, Sébastien Malaprade replace l’affaire dans le contexte large d’usurpation des biens publics qui caractérise le XVIIe siècle espagnol. En effet, si les ressorts de la domination matérielle sont criants en contexte colonial, l’accès, le contrôle, l’appropriation des biens essentiels aux communautés (l’eau, les pâturages, les forêts mais aussi des infrastructures comme les routes, le grenier à blé, le four à pain) faisaient dans la péninsule Ibérique l’objet d’incessantes luttes qui distinguaient des gagnants et des perdants. Enfin, l’un des objectifs est de montrer comment histoires sociale et environnementale peuvent s’éclairer réciproquement, deux approches souvent décorrélées l’une de l’autre. Cet ancrage au sein d’une petite communauté humaine prétend redonner ses lettres de noblesse à une histoire locale et permet également de ressusciter des voix doublement marginalisées de l’histoire espagnole : celles des gens ordinaires des campagnes castillanes dont l’historiographie s’est détournée depuis plus de quarante ans, celles issues d’un second XVIIe siècle, longtemps disqualifié au motif d’une décadence de la vie politique, économique ou culturelle sous les derniers Habsbourg. Loin des clichés d’une Espagne agonisante, la fréquentation de ces acteurs démontre leur vitalité à défendre des ressources qui conditionnaient leur faculté d’action politique en tant que communauté civique. Pourvoyeurs d’énergie, les monts de Castille demeurent de continuels objets de luttes. Aujourd’hui, Villar del Águila est de nouveau traversé par des tensions sociales en raison de l’installation d’éoliennes sur les hauteurs même où la forêt avait été abattue. L’auteur tisse ainsi des liens entre cette histoire passée et le présent de cette communauté (qui ne comporte désormais plus que 15 habitants).

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Description

Sortie : 1er octobre 2026
160 pages
N° ISBN : 978-2-38191-166-3

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Table des matières

Situation
1. Un journalier contre les charrettes d’un puissant
2. Géographie historique
3 Par monts et par vents
4. Désertions
5. Asymétries
Appropriation
6. Prise de possession
7. Endettement et alénation des propios
8. Résistances
Destruction
9. Quercus ilex
10. Juger un écocide au XVIIe siècle
Interprétations
11. Historiographies
12. Ascendance rurale, ascension sociale
13. Sociabilités et pouvoirs urbains
14. Souillures
15. La ressource, produit de rapport de force
16. Le rêve d’une seigneurie désertée
17. 1669, inflexion et victoire en demie-teinte
18. Penser le procès depuis un lit de mort
Energie
19. Les montes, réservoirs d’énergie et d’argent
20. Conlusion. Où l’arbre ne cache pas la forêt
Epilogue : Les éoliennes de la discorde

Glossaire
Index des personnes
Index des lieux
Table des illustrations et documents
Remerciements
Biographie de l’auteur

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